Le mal d’Ama
Le mal d’Ama

Le mal d’Ama

Dans tout organisme, si l’on n’y prend garde, une accumulation de toxines, jour après jour, forme progressivement un tapis d’humus.  Cette substance toxique a la particularité de venir se loger là où nous avons des faiblesses. Dès lors, les conditions de la maladie sont réunies. Et ça ne tarde pas… à vous pourrir la vie !

Ne croyez surtout pas qu’ama vous veut du bien ! C’est même le contraire. 

Imaginez un divin bord de mer, une plage de sable fin, une délicieuse température, et au bout de la plage, des montagnes de sacs-poubelle bourrés à craquer, bientôt déchiquetés par des mouettes voraces. Vous aurez une idée de la formation d’ama : un tombereau de saletés, un monceau d’immondices, une puanteur d’enfer…

Ama est formé d’aliments non digérés ni évacués.  

Les aliments que nous ingérons rencontrent des destins très différents les uns des autres. La plupart sont supposés être assimilés par nos organes et produisent de l’énergie. Utiles, ils deviennent du sang, de la santé, donc de la vie. Sans sang, nous n’irions en effet pas très loin ! A l’inverse, des déchets sont consécutifs au processus de digestion. Si les aliments sont vieux, transformés, trop gras, trop salés ou trop sucrés, ou tout ça à la fois, les déchets se multiplient de façon exponentielle. Ils sont évacués, sous forme de selles, d’urines et de transpiration. Evacués, c’est vite dit. En partie seulement. 

Car il y a des éléments qui n’appartiennent à aucune de ces catégories : ni assimilés ni rejetés, ils composent ama, une matière molle, collante, toxique et malodorante. 

Cette collection de déchets s’en va rejoindre la colonie de toxines coincées çà et là dans l’organisme. Nous avons tous des forces, donc nous avons tous des faiblesses. Ama se greffe toujours sur les faiblesses, les accentue et les martyrise jusqu’à la création de maladies.

C’est agni, le feu digestif, qui fait le tri.  Que la nourriture soit impropre, ou que le feu digestif traverse une passe léthargique pour une raison ou pour une autre, et la quantité d’éléments non digérés explose.   Repas après repas, jour après jour, mois après mois, ama prospère. Et puis un beau jour de sérieux problèmes apparaissent. Tumeurs, dégénérescences nerveuses, affections cardio-vasculaires, douleurs articulaires, congestions nasales, la liste est longue des pathologies sournoisement aggravées par ama. Les canaux s’obstruent, les irritations se multiplient, ce qui perturbe considérablement l’organisme à la longue. 

Pire encore, en permanence, ama mute. Les conditions de la vie moderne, compliquées par le stress, la pollution de l’air, le réchauffement climatique, le sucre omniprésent et le manque d’exercice physique, renforcent continuellement ama. Voici cinq millénaires, quand les textes ayurvédiques ont décrit la formation d’ama dans le corps, la nourriture était bien différente de celle d’aujourd’hui. Des maladies nouvelles sont apparues, car ama s’adapte aux changements incessants, sans perdre pour autant sa vocation nocive et putride.

La télévision, les ordinateurs, les tablettes et les téléphones portables, symboles de modernisme, ont des conséquences qui se sont empressées d’ajouter leur voix au concert des toxines. Les écrans hypnotisent nos esprits. Emprisonnent carrément nos neurones.  Du coup, la mastication est très insuffisante, le cerveau n’intime plus l’ordre de saliver aux glandes salivaires, ni aux sucs gastriques de se mobiliser ; l’estomac somnole, le foie paresse et les intestins se prélassent, puisque personne ne leur demande de bosser. Les désordres du système digestif – puis de tout l’organisme -  ne sont pas loin.

Les symptômes d’Ama

Certains signes ne trompent pas. Réunis, ils révèlent assurément la présence d’ama. Dès le matin, si vous émergez difficilement, si votre langue est chargée, si vous n’avez pas faim, et qu’un début de migraine vous agace : surveillez-vous ! Les excréments malodorants peuvent également vous mettre la puce à l’oreille, de même que les urines trop foncées. Les odeurs corporelles sont tout aussi révélatrices. Les lourdeurs digestives, une constipation chronique et des flatulences fréquentes résultent souvent d’ama. Une  haleine de hyène qui résiste à tous les dentifrices, une peau qui se couvre volontiers de plaques rouges et une vision qui faiblit brusquement, une soudaine prise de poids, c’est encore et toujours ama qui se manifeste.

Personne n’y échappe. Quand les personnalités Vata (cosmos et air) perdent leur enthousiasme légendaire, quand la peau des gens Pitta (feu et liquides) se couvre d’eczéma, ou quand la tribu Kapha (eau et terre) verse dans l’obésité, pas de doute : ama est à la manœuvre !

Le Docteur Bhutada, mon professeur indien d’ayurveda, résumait ainsi sa vision d’ama : « c’est une affaire de déséquilibre de la santé des tissus corporels, dû aux toxines ».

Eliminer ama !

Ama est humide, putride et acide. Comme peut l’être l’énergie Kapha. Dans La santé par l’Ayurveda, le Docteur David Frawley précise qu’un régime anti-ama ressemble fort au régime anti-kapha. Il est bon de consommer la plupart des légumes, patates douces et champignons mis à part. Les fruits sont également très recommandés, à condition d’être ingérés en petites quantités, toujours entre les repas, et loin du sommeil. Le jus de citron et le jus de grenade – des merveilles de la nature – ont des capacités anti-ama notoires ! En revanche, les produits carnés et les produits laitiers, yaourts, fromages et beurre compris, augmentent considérablement ama. La palme amagénique (créatrice du plus grand nombre de toxines) revient incontestablement au sucre, qu’il soit blanc ou brun, voire… les deux (certains sucres bruns sont des sucres blancs colorisés !)

Pour améliorer la digestion et diminuer la formation d’ama, l’ayurveda suggère d’avoir recours à des compléments alimentaires naturels, tels que le gingembre et le curcuma longa, racines aux caractéristiques particulièrement détoxifiantes.   La palme digestive revient au Triphala, mélange de trois baies (Amalaki, Bibhitaki, Haritaki) dont la combinaison stimule les capacités digestives.

Une façon de vivre très ayurvédique limite considérablement les effets négatifs d’ama : bien mâcher les aliments (loin de tout écran), rechercher la satiété, respirer en conscience après chaque repas (l’air extérieur), pratiquer régulièrement le yoga, appliquer quotidiennement de l’huile sur les articulations si l’organisme est trop sec, fuir le sucre et les sodas sucrés, ne jamais boire glacé mais autant que possible des boissons à température ambiante ou de l’eau à la température de l’organisme en sont les meilleurs exemples.  Tout ceci est gratuit, indolore, et très efficace contre ama. Pourquoi s’en priver ?

Eric Bhat