Ayurveda : science, philosophie et spiritualité
Ayurveda : science, philosophie et spiritualité

Ayurveda : science, philosophie et spiritualité

La naissance de l’Ayurveda.

Il y a plus de 5000 ans, dans la vallée de l’Indus au nord de l’Inde, des hommes que l’on nommait les rishis étaient considérés comme de grands voyants. En premier ils élaborèrent les techniques que l’on connait sous les noms de méditation et de yoga. L’histoire veut qu’ils réussissent à entrer dans une méditation profonde pour observer les fondements de la vie et de l’univers. Ils organisèrent les connaissances qu’ils acquirent, en un système de pensée qu’ils appelèrent « Ayurveda ». Ils en firent don à l’humanité, afin qu’elle puisse appréhender l’existence sereinement, sans crainte de la maladie et des vicissitudes de l’existence. Si l’on devait définir l’Ayurveda, qui signifie connaissance de la vie, soit « ayur » pour vie et « veda » pour connaissance, nous dirions que c’est un art de vivre qui mêle à la fois science, philosophie et spiritualité.
Nous pensons que l’Ayurveda s’est transmise de bouche à oreille, durant 3500 ans, jusqu’à l’apparition, 1500 ans avant J. C, des premiers textes écrits qui nous sont parvenus. L’enseignement se faisait alors, uniquement sous forme de sutras, poèmes se composant de vers courts, contenant l’essence d’un sujet et servant d’aide-mémoire aux étudiants. Ceux-ci pouvaient ainsi, réciter de longs textes à leur maitre ou gourou. Ces derniers partaient de ces vers pour développer et transmettre l’idée profonde contenue dans ceux-ci.
C’est en Sanscrit, la langue de l’Inde ancienne, que ces textes ont été écrits. Elle est pour les Indiens ce que représentent le Grec ancien et le Latin pour nous autres occidentaux. Le traité, Charaka Samhitâ, le plus ancien et le plus connu, se concentre sur la médecine interne. L’Ashtanga Hridayam est une compilation écrite environ 1000 ans avant J. C, à partir des premiers textes retrouvés. La Sushruta Samhita est un Véda très important rédigé durant une période qui se situe entre l’an 300 et l’an 500 de notre ère.


L’Ayurveda hors de l’Inde

La médecine ayurvédique était très en avance par rapport à son époque, elle a servi de modèle aux autres civilisations qui lui ont beaucoup emprunté. Elle s’est répandue le long de ce qu’on appelle la route de la soie, en démarrant par la Chine puis l’Indonésie. Vers l’an 400 après J. C., des savants chinois sont allés étudier l’Ayurveda en Inde, c’est pourquoi l’on retrouve de nombreuses approches similaires entre ces deux médecines et notamment sur l’utilisation des plantes. Les principes de l’Ayurveda se sont également diffusés à travers l’empire Perse, puis en direction de l’Europe, de l’Egypte et de la Somalie. Les marchands arabes ont fait connaitre les plantes indiennes en les commercialisant jusqu’en Grèce. C’est ainsi qu’au 1er siècle de notre ère, Dioscoride, un médecin et apothicaire grec, considéré comme le père de la pharmacologie, rédigeât le fameux traité « De Materia Medica ». Jusqu’au XVIème siècle, cet ouvrage fût le manuel de référence de l’herboristerie et de la médecine européenne.


Tout est énergie

L’Ayurveda a pour principe que tout est énergie, les êtres humains comme l’ensemble des êtres vivants, qu’ils soient du règne animal ou végétal, mais aussi les pensées, les humeurs et même tout ce qui nous paraît solide est de l’énergie. De nos jours, la science moderne le confirme, d’une certaine façon, en démontrant que la matière, qui a une apparence solide, est en réalité composée de courants statiques innombrables se déplaçant subtilement.
En amont de l’énergie, il y a un état de pure conscience qui est en dehors du temps et de l’espace. A l’intérieur de cette pure existence ou conscience, s‘élève le désir d’expérimenter, ce qui crée un déséquilibre et provoque la manifestation de l’énergie primordiale. Cette approche correspond à la philosophie sankhya (voir encadré). Toutes les disciplines indiennes (Yoga, Méditation, Ayurveda…) se réfèrent à cette philosophie dites « de la manifestation ».


Les cinq grands éléments

Les Rishis, à partir de ce qu’ils avaient perçu, conçurent l’Ayurveda pour expliquer et nous permettre de comprendre le fonctionnement de toute vie sur terre. Ils construisirent leur théorie en partant du principe que toute chose se compose des cinq grands éléments, visibles et appréhendable par tout le monde. Ceux-ci sont l’espace (ou éther), l’air, le feu, l’eau et la terre. Le développement de la vie sur terre commence par l’apparition de l’énergie primaire appelée « Prana ». Elle est l’énergie vitale qui permet l’apparition de l’élément Espace (Ether). Le mouvement dans l’espace laisse apparaitre l’élément Air. L’air, par friction, donne de la chaleur, qui se transforme en lumière, dont la manifestation se traduit par l’élément Feu. Le feu procure de la condensation dans l’air pour créer l’élément Eau. La densité de l’eau lui permet de se stabiliser et ainsi, de donner naissance à la terre.


Les qualités fondamentales (gunas)

En Occident nous interprétons mal le sens du mot qualité et pensons rarement à utiliser nos expériences qualitatives de manière analytique. Nous ne sommes pas suffisamment attentifs aux nuances, trop souvent, nous trouvons qu’une situation est bonne ou mauvaise, que c’est bien ou mal, blanc ou noir et donnons, à tort, un sens positif au mot qualité. Par exemple, nous disons, j’ai rencontré une personne de qualité, ce qui laisse supposer que c’est une personne bien. L’Ayurveda est la science des qualités, elle nous conduit à observer et analyser les situations selon des nuances beaucoup plus subtiles. Il est très important pour utiliser l’Ayurveda, d’être en mesure de reconnaitre vos qualités et celles de tout ce qui vous entoure. Une situation peut être influencée par des facteurs subtils et insignifiants. La philosophie ayurvédique commence avec la conscience qui est le niveau le plus subtil. La connaissance, qui commence elle aussi au niveau subtil, s’accumule progressivement, jusqu’à ce que nos sens puissent la percevoir et qu’elle prenne de la densité. Ces niveaux subtils et denses interagissent et s’affectent mutuellement à travers l’esprit. Il n’y a pas à juger si une quantité ou une qualité est bonne ou mauvaise, elles n’entrent pas en compétition, mais il faut savoir dire quand et pourquoi elle est appropriée. Si l’on est capable de décrire les qualités d’une maladie, il est possible de déterminer les mesures à prendre pour rétablir la santé. Selon le traité ayurvédique, Charaka Samhitâ, que nous avons évoqué ci-dessus, nous éprouvons toutes choses au travers de dix couples de qualités fondamentales que l’on nomme également « Gunas ». Par exemple, lourdeur et légèreté sont les deux extrémités d’un continuum. Les deux règles à connaitre sont que des qualités semblables s’augmentent mutuellement et qu’une qualité est diminuée par sa qualité opposée. Les qualités ne sont pas absolues mais relatives. Une personne douce n’est douce que par rapport à une personne plus rude. Il faut toujours tenir compte du contexte et des circonstances antérieures, pour pouvoir juger convenablement d’une valeur qualitative. De plus, les qualités peuvent avoir des relations ou interactions entre elles, dont il faut tenir compte. Enfin, une même qualité peut avoir un effet différent sur deux substances, par exemple, la chaleur fait fondre le beurre et sèche le pain. Chaque individu est unique, en apprenant à reconnaitre les qualités des uns et des autres, vous pourrez mieux comprendre les réactions d’une personne en fonction des évènements.


Les trois énergies vitales (doshas)

Nous en arrivons à présent aux énergies vitales, les fameux doshas, ils sont trois et se nomment Vata, Pitta et Kapha. Comme nous l’avons vu plus haut, les rishis ont théorisé la création et l’évolution du monde en partant des cinq grands éléments. Ils établirent que l’alliance de deux de ces cinq grands éléments donnait naissance à une énergie vitale et qu’elles étaient au nombre de trois.
Les doshas ou énergie vitale, que l’on peut également nommer humeurs, agissent sur toutes choses, notamment sur nos organes et de ce fait sur notre santé. L’Ayurveda, en tant que système de soins, explique comment et pourquoi les doshas sont responsables de tous les processus physiologiques et psychologiques de notre corps et de notre esprit. Ils constituent les forces dynamiques qui déterminent la croissance et le déclin. Vos caractéristiques physiques, mentales ou émotionnelles, peuvent être décrites en fonction d’eux trois. L’un des objectifs, lorsque l’on étudie l’Ayurveda, c’est d’apprendre à reconnaitre les effets des doshas sur notre corps, notre esprit et notre vie quotidienne.
Les doshas, tout comme les cinq grands éléments, ne peuvent pas être détectés par nos cinq sens, mais nous sommes capables de reconnaitre leurs qualités. Les qualités d’un dosha sont celles des deux grands éléments qui le compose, plus les qualités de la combinaison des deux. Chaque dosha a un rôle spécifique dans notre corps, mais les trois doshas doivent fonctionner harmonieusement ensemble pour que nous soyons en bonne santé.
Il est important de comprendre que notre équilibre doshique se modifie constamment, en fonction de notre style de vie, de notre environnement, du temps et des saisons. L’art de l’Ayurveda consiste à détecter les déséquilibres de notre organisme, compte-tenu de notre vie quotidienne (déplacements, activités, collègues de travail …) et de notre environnement (familial, amitiés, saison …). La vocation d’un médecin ayurvédique ou de toute personne qui veut s’initier à l’Ayurveda consiste à apprendre à détecter les équilibres et comment y remédier. Toute personne qui sait à la fois repérer ses déséquilibres et comment y remédier, peut améliorer sa santé et modifier le cours de son existence.