Apprendre le hindi !
Apprendre le hindi !

Apprendre le hindi !

Un ton ferme quand elle s’exprime en hindi, une voix douce pour enseigner et un français impeccable, Kavita Garg jongle facilement entre ses origines indiennes et celles de son pays d’adoption, la France. Depuis 10 ans, elle dispense ses cours de hindi à Paris. Elle a débuté pour répondre aux passionnés que sa belle-mère recevait dans sa librairie de littérature indienne. Déjà professeur de français à Delhi puis assistante professeur d’anglais à Paris, la jeune femme rêvait d’initier les Français à sa langue maternelle. Il n’en fallait pas plus pour qu’elle s’y attelle avec passion. Depuis elle a ouvert un centre culturel indien avec son mari, situé dans le IXème arrondissement de Paris, pour y dispenser ses cours. Nous avons souhaité en savoir plus…

Journal De l’Ayurveda : Comment des Français en arrivent-ils à vouloir apprendre le hindi en plein Paris ?

Kavita Garg : Il y a de nombreuses raisons pour cela et autant de profils différents. Certains élèves viennent parce qu’ils font des voyages une ou deux fois par an en Inde et qu’ils s’aperçoivent vite des limites de l’anglais. En effet, pour parler aux enfants et aux femmes, ou pour suivre des conversations entre Indiens, il faut parler le hindi. Ce public-là va de 30 à 70 ans.

Il y a les personnes qui viennent parce qu’elles postulent ou ont décroché des postes en Inde. C’est un pays avec de nombreuses possibilités professionnelles et le hindi leur sera très utile au quotidien.

Je rencontre aussi des gens qui sont mariés avec un Indien et qui veulent simplement pouvoir discuter avec leur belle-famille… Il y a également les personnes d’origine indienne qui veulent apprendre. Elles sont nées en France mais elles veulent retrouver leurs racines. On rencontre donc des Indiens, mais aussi des natifs des DOM-TOM où il y a d’importantes communautés indiennes.

Enfin, les professeurs de yoga ou les praticiens de l’Ayurveda viennent se former au hindi pour maîtriser le nom des plantes utilisées en phytothérapie et comprendre le sens du nom des postures de yoga.

Quand j’ai commencé il y a dix ans, le public était essentiellement féminin, mais maintenant je vois de plus en plus d’hommes intéressés par cet apprentissage. Je me retrouve même parfois avec des groupes uniquement masculins.

 

JDA : Le Hindi n’est pas enseigné à l’école en France ?

K.G. : Non, quand il y a une langue d’origine indienne qui est enseignée, c’est plutôt le tamoul. Cette langue est celle du sud de l’Inde, du côté de Pondichéry et si elle est dispensée en France, c’est parce qu’il y a une grosse communauté d’Indiens qui viennent de cette région, notamment en région parisienne. 

 

JDA : Est-ce que c’est difficile pour un Français d’apprendre le hindi ? Est-ce qu’il y a des racines communes avec le latin ?

K.G. : Les racines du hindi, c’est le sanskrit, l’équivalent du latin pour le français. Comme il s’agit d’une langue indo-européenne, on retrouve effectivement quelques racines latines dans le hindi et les Français peuvent avoir certains repères. C’est notamment le cas avec les chiffres. Par exemple, « deux » se dit [do], ce qui est assez proche. « Sept » se dit [saat], «dix» [dus], « cent » [sau]. C’est aussi valable pour des mots communs : « dents » se dit [daant].

JDA : Justement, une question que tout débutant se pose forcément : combien de temps faut-il pour maîtriser la langue ?

K.G. : En tant que professeure, je suis là pour guider à chaque étape et je crois que si un élève est bien guidé, il parviendra à progresser. Dès le premier cours, on apprend l’alphabet et je ne veux pas que les élèves prennent des notes en phonétique, mais qu’ils apprennent les vraies lettres hindi, en prenant le temps de bien les écrire. En effet, notre cerveau est malin et si un élève commence à noter ce qu’il entend en alphabet romain, son cerveau retiendra ce raccourci et le vrai hindi lui paraîtra quelque chose de compliqué. Pour être certaine que les élèves suivent cette méthode, les groupes de travail ne dépassent jamais une douzaine de personnes, ça me permet d’être vraiment disponible et attentive à chacun.

Chaque élève est d’ailleurs différent et chaque apprentissage le sera aussi. En fonction des compétences, de l’âge, de l’envie et aussi du temps qui sera passé à travailler, ou pas, en dehors des cours… Mais l’hindi n’est pas si difficile à apprendre et au bout de 20 heures de cours avec moi, les élèves peuvent lire et écrire et commencent à s’exprimer. A mon avis pour avoir un certain niveau, il faut une centaine d’heures. D’ailleurs l’apprentissage de n’importe quelle langue se compte en heures et au nombre d’outils qui seront utilisés : films, livres, documents audios, etc. 

 

JDA : L’alphabet hindi comporte combien de lettres ?

K.G. : On dit que l’alphabet hindi est composé d’une cinquantaine d’éléments parce qu’il y a 13 voyelles, 34 consonnes et plusieurs combinaisons. Ça peut paraître important, mais finalement en français, les 26 lettres de l’alphabet ont un tracé différent en majuscule, en minuscule, ou même en caractères d’imprimerie. Et certaines lettres peuvent s’écrire avec des accents comme « é » ou « à ». En hindi, il n’y a qu’une seule manière d’écrire chaque consonne. C’est donc plus simple.

De plus le féminin et le masculin se déclinent d’une seule façon, toujours la même et sans exception. Mieux encore : il n’y a qu’une manière de conjuguer les verbes. Au premier cours, j’enseigne comment conjuguer le verbe « faire » au présent général et aussitôt les élèves maîtrisent la conjugaison de tous les autres verbes. Il n’existe pas de premier groupe, deuxième groupe, etc., comme en français.

JDA : Il existe tout de même des registres de langage ? Et le vouvoiement ou le tutoiement ?

K.G. : Oui et les registres sont même très importants en Inde. On utilise le langage soutenu dans les journaux et les textes anciens. Le registre standard est le plus utilisé à l’oral. Il a des origines variées : persane, arabe, anglais, sanskrit. Enfin il y a le langage familier qui s’utilise en famille, avec les amis ou entre jeunes. C’est ce langage qui sert généralement dans les films.

En hindi, on utilise aussi beaucoup le vouvoiement car c’est ainsi que l’on s’adresse à toute personne plus âgée que vous. C’est pour ça que l’on vouvoie ses parents, oncles, tantes, grands-parents, aussi bien que de vagues connaissances. Ce n’est pas une question d’intimité, mais réellement une question d’âge et de respect. Le tutoiement est réservé aux personnes du même âge et aux enfants.